Le développement du langage chez l’enfant

Le développement du langage chez l’enfant est un fait d’observation, souvent d’émerveillement. La traditionnelle question « Le langage est-il inné ou acquis? » est aujourd’hui dépassée et nul ne conteste que l’homme puisse naître avec certaines dispositions à comprendre et à parler une langue naturelle, pas plus que n’est contestée la nécessité d’accorder un rôle essentiel à l’environnement dans l’explication de l’acquisition du langage.

Le langage proprement dit n’apparaît qu’à la fin de la seconde année de vie de l’enfant, mais l’expérience linguistique commence dès la naissance, voire avant.

Perceptions foetales  Résultat de recherche d'images pour "foetus et musique"

Le fœtus vit dans un environnement auditif particulier appelé le bruit intra-utérin. Celui-ci est constitué de bruits endogènes tels que les bruits cardio-vasculaires maternels, fœtaux et les borborygmes digestifs, ainsi que de bruits externes tels que la voix humaine et la musique, qui atteignent le fœtus malgré une atténuation notable. Les réactions du fœtus face à ces bruits ont été mises en évidence par plusieurs indices: modification du rythme cardiaque, réponses motrices ou mouvements réflexes tels que le sursaut, réponses électrophysiologiques (activité électrique des cellules et des tissus) et histochimiques (constitution chimique des cellules et des tissus).

Le prélangage

La période de 0 à 2 ans est souvent considérée comme celle de la vie psychologique sans langage. Il y est question de sensorialité, de motricité et d’intelligence préverbale.

Le prélangage représente les fondations du langage. Il s’appuie sur deux dimensions essentielles: le traitement de la parole humaine et la genèse de la communication.

Le bébé est doté d’un dispositif de traitement des sons de la parole qui lui permet, dès ses 6 mois, de segmenter, discriminer, catégoriser et se représenter le matériau linguistique. Dans un premier temps, le bébé doit être en mesure de réaliser un traitement discontinu du spectre sonore, c’est à dire de segmenter la parole (découpage syllabique par exemple). Il va ensuite discriminer en distinguant un son d’un autre (distinguer les syllabes [ba] et [pas] par exemple). Mais cela ne suffit pas et le bébé doit alors catégoriser. Pour cela, il va comparer les sons nouveaux au répertoire de sons connus. L’hypothèse est donc émise de l’existence chez le bébé d’un système de représentation des traitements auditifs antérieurs.

Résultat de recherche d'images pour "échange sourire mere enfant"En parallèle, se met en place dès la première année de vie un système de communication sociale prélinguistique par échange, entre le bébé et ses proches, de sourires, dialogues vocaux, activités posturales et gestuelles. Les premières communications sont dîtes asymétriques car le bébé ne maîtrise pas l’effet de son émission alors que le récepteur l’interprète comme un message. Puis la communication devient progressivement intentionnelle et réciproque, et les messages sont émis et reçus suivant un code commun.

Des premiers cris aux premières phrases

Les productions vocales du bébé évoluent entre la naissance et l’âge de 2 ans, en relation étroite avec le traitement de la parole et la communication, selon une succession d’étapes. De la naissance à 1 mois: cris, pleurs, sons végétatifs et réactionnels de malaise et de confort. De 1 à 5 mois: premiers rires, petits cris de joie, vocalisations avec fermeture et ouverture de la bouche, premier « arrheu » avec sons glottaux, sons vocaliques, début du contrôle de la phonation. De 5 à 7 mois: vocalisations maîtrisées, jeux de variation et d’imitation d’intonations. Début du babillage vers 7 mois: productions répétitives avec alternance rythmiques de consonnes et de voyelles. De 8 à 10 mois: production de voyelles tendant vers celles de la langue maternelle, babillage avec séquences variées de syllabes, contours d’intonations influencées par la langue maternelle. De 10 à 12 mois: sélection d’un répertoire de consonnes et d’un répertoire de voyelles adaptés à la langue maternelle, babillage varié en séquences longues et intonées, présence de formes de productions stables en relation avec des situations, premiers mots. De 12 à 16 mois: persévérance de formes de babillage avec intonation de phrases, formes de productions stables en relation avec des situations, production de mots, principalement des noms. De 16 à 20 mois: augmentation de la production de verbes et d’expressions. C’est entre 20 et 24 mois qu’apparaît le langage à proprement parlé, avec la mise en place d’une organisation séquentielle des énoncés.

Pendant l’enfance Résultat de recherche d'images pour "enfant langage"

Le terme enfant vient du latin infans qui signifie « celui qui ne parle pas bien, qui n’est pas éloquent ».  Certes, à partir de 2 ans, les transformations du langage de l’enfant sont moins rapides, moins spectaculaires mais elles sont réelles et fondamentales. Car après 2 ans, le développement du langage porte à la fois sur l’extension du lexique mais également sur l’organisation syntaxique des phrases.

Le lexique

Le développement du lexique est très rapide. A 2 ans, l’enfant dispose de 20 mots environ, contre plus de 2500 à 6 ans, sachant que le vocabulaire d’un adulte cultivé comporte entre 20000 et 40000 mots. L’enfant acquiert donc un ou deux mots par jour pendant 4 ans. Pour cela, il affecte une étiquette verbale à chaque objet, événement ou situation de son environnement. Cette période qu’est l’enfance est donc marquée d’un accroissement quantitatif du langage mais pas seulement. Les anomalies disparaissent progressivement, telles que les défauts de correspondance entre le mot et l’objet, le recouvrement partiel (« tôt » pour « bientôt »), les sous-généralisations (« table » pour la seule table du repas) et les sur-généralisations (« papa » pour désigner tous les hommes). L’enfant apprend à jouer de l’usage des mots en fonction du contexte et comprend qu’un mot ou une expression peut avoir plusieurs sens.

Les phrases

Avant 3 ans et demi, les enfants sont indifférents à l’ordre des mots dans une phrase. C’est seulement à partir de cet âge qu’ils vont respecter l’ordre nom-verbe-nom. Mais c’est à 6 ans qu’ils considèrent réellement que le premier nom est l’agent de l’action et que le second est celui qui la subit.

Progressivement, en parallèle de l’instauration d’un ordre à l’intérieur de la phrase, le groupe du nom s’étoffe. L’accord en genre précède l’accord en nombre. Dès 3 ans et jusqu’à 6 ans, l’enfant utilise autant d’articles définis que d’articles indéfinis, mais avec une tendance à inverser leur usage correct. Au niveau des adjectifs possessifs, on observe à cet âge un conflit entre le sexe de l’enfant et l’accord avec le nom: « Je vais dans mon chambre ». Les pronoms possessifs sont employés dès 3 ans, d’abord accolés à l’adjectif: « Mon mien » pour être correctement utilisés vers 5-6 ans: « Le mien ». Enfin, les prépositions et les adverbes apparaissent précocement, notamment dans les expressions: « Dans l’eau, par terre ».

Le groupe verbal se complexifie à son tour. L’enfant utilise avant 4 ans l’infinitif, l’indicatif présent et l’impératif avec une signification proche. Au futur, la première forme utilisée est appelée futur périphasique et consiste à combiner les verbes aller ou venir conjugués  à l’indicatif avec un infinitif: « Il va venir, je va manger ». L’imparfait et le conditionnel ne sont utilisés régulièrement qu’à partir de 5 ans et demi. 

 

Le langage fait donc l’objet d’un long apprentissage. Dès 5-6 ans, l’enfant possède un instrument élaboré de représentation et de communication. Mais il n’en maîtrise que tardivement, vers 9-10 ans et plus,  les formes passives et les propositions relatives. Aussi, la maîtrise du langage procède d’un apprentissage complexe où l’école intervient et doit intervenir à bon escient. L’étude du développement de la pragmatique nous montre également combien il est difficile de séparer dans le développement du langage sa fonction de représentation et sa fonction de communication, l’enfant apprenant progressivement à manipuler les diverses formes linguistiques qu’il maîtrise pour agir sur autrui à des degrés divers.  Résultat de recherche d'images pour "langage chez l'enfant"