Un métier vieux comme le monde ?

Continuons notre voyage dans le passé et remontons encore plus loin, aux origines de notre métier…..

Notre profession est parfois difficile, notre statut particulier et nous manquons souvent de reconnaissance. Il y a peut être une raison à ceci, nous sommes, contre notre gré,les héritier(e)s d’un lourd passé.

Une nourrice, pourquoi faire ?

Aussi loin que porte la mémoire et l’histoire de France il y a eu des « nourrices ». Au moyen âge déjà et jusqu’au 19ème siècle, les femmes de la noblesse n’allaitaient pas leurs enfants. L’allaitement est un moyen de conception naturel et la mortalité infantile était élevée. Il fallait avoir beaucoup d’enfants afin d’être sûr d’avoir un héritier. Pour s’assurer d’être à nouveau enceintes rapidement, elles confiaient leurs enfants à des nourrices dont le principal rôle était de les allaiter.

Un système déjà organisé

On distingue deux types de nourrices : la nourrice à « emporter »et la nourrice « sur lieu ». La première accueille les enfants de la ville à son domicile tandis que la seconde est employée au domicile des parents. Nos ancêtres assistantes maternelles ou garde au domicile des parents!

Et la PMI dans tout ça me direz vous ? (lol) En fait le système était déjà organisé ! Il y avait des « bureaux de placement » des « meneurs » et des « meneuses », en gros des personnes plus ou moins recommandables qui mettaient en contact les familles et les nourrices. Au 19ème siècle le phénomène touche toutes les classes sociales et on compte 20000 petits parisiens ainsi placés à la campagne. Malheureusement, aucune sorte de « protection infantile » dans tout ça.

Une mortalité infantile importante

Tout système comporte des failles. La faille principale de cette organisation une mortalité infantile élevée. Plusieurs raisons à cela. Les nourrices qui étaient placées en ville laissaient en fait leurs propres nourrissons derrière elles pour s’occuper de ceux de la ville. Leurs enfants se trouvaient donc sans lait maternel pour les protéger et mourraient plus facilement de toutes sortes de maladies. Ils étaient souvent nourris au lait de chèvre ou vivaient sans leur mère dans des conditions épouvantables.

Les nourrissons  de la ville qui étaient envoyés à la campagne subissaient quant à eux les conséquences de leur transport et beaucoup arrivaient chez la nourrice déjà mal en point. Des statiques locales dans le milieu du 19ème siècle dénoncent une mortalité de 71% dans leur première année des enfants placés en nourrice à la campagne.

Un métier déjà critiqué

Les pratiques des nourrices à la campagne sont déjà remises en cause. On juge ces femmes mal éduquées, incapables de changer leurs point de vue et on les imagine assises au coin du feu toute la journée à ne rien faire ! Ca vous rappelle quelque chose ? Pour preuve un texte de l’époque écrit par Alphonse Daudet : « Vous figurez-vous votre enfant au soin de pareilles personnes, ça n’est pas trop d’une surveillance de tous les instants. Si vous laissiez faire la nourrice, elle ne sortirait jamais bébé pour le mener voir le soleil, respirer l’air de verdure des squares. Paris au fond l’excède ; elle préférerait rester près du feu, sans lumière, l’enfant aux genoux, le nez dans les cendres comme à la campagne, dormant des heures durant de son lourd sommeil de paysanne. C’est le diable encore de l’empêcher de coucher le nourrisson avec elle dans son propre lit. Pourquoi faire un berceau ? Ces bourgeois vraiment ont des idées et de ces exigences ! Ne vaudrait-il pas mieux l’avoir là, tout près le nourrisson, lui donner le sein sans se réveiller ni avoir froid quand il crie ? Il est vrai que parfois, en se retournant, on l’étouffe, mais ces sortes d’accidents sont rares. Des traditions de campagne assurent qu’un enfant de lait ça mange de tout, qu’on peut impunément le bourrer de poires acides et de prunes vertes. Arrive une inflammation, on court au médecin et l’enfant meurt. »

La fin d’un règne et le debut d’un autre

A partir de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, l’arrivée du lait artificiel sonne le glas de tout un système. Le mot nourrice disparaît même de la circulation au profit d’un nouveau terme « la gardienne d’enfant ». Mais si le vocabulaire évolue le statut lui ne change guère. Code du travail flou, pas de formation, mal payé et très concurrentiel c’est un métier mal considéré.

Les gardiennes travaillaient dans l’isolement sans stabilité financière et dans recours possible en cas de désaccord financier ou autre avec les parents. Pourtant dans les années 1970 elles gardaient 6 fois plus d’enfants que les crèches !

Vers un changement

1964 est le début du changement avec l’apparition des premiers agréments. Quelques années plus tard une loi nous accorde enfin un véritable statut. Il s’ensuit un droit à la formation, une régulation des tarifs, un suivant et un contrôle régulier. Bref, les premières pierres de ce que nous connaissons aujourd’hui.